jake-no-trepassingSi l'on devait toute une journée ne dire que la vérité, on se serait fait pour le début de soirée un grand nombre d'ennemis et l'on en survivrait sans doute pas à la nuit... A tout instant, on nous conseille de mettre une sourdine à nos paroles pour ne blesser personne. La vérité toute crue étant souvent dure à entendre. Aussi doit-on en société l'habiller parfois ou la taire souvent. C'est ainsi que l'on apprend à user d'euphémisme, c-à-d. de moyens linguistiques par lesquels on déguise une idée désagréable. Cela évite de choquer, et donc de rester "poli", ce qui veut dire "lisse et sans aspérités".

Un gay va donc le plus souvent éviter de parler de sa vie privée, voire de la déguiser : "Mon homme et moi avons passé un super weekend avec nos folles de copines dans un trou perdu, et personne ne nous y a jeté de pierres" devient donc pour les collègues en version plus légère: "J'ai passé un weekend assez agréable avec un couple d'amis dans un coin sympathique et accueillant des Ardennes".

Etre gay pourrait également se traduire par "s'égarer sur des chemins que l'on ne devrait pas explorer au-delà de l'adolescence"... et tromper se dirait "commettre une indélicatesse" ou "ne pas faire de distinction entre le sien et le mien". C'est politiquement très correct et cela permet de vivre sans heurter en société (surtout sur le lieu du travail où l'on crosie régulièrement des gens que l'on apprécie assez peu sans vraiment avoir le choix de les éviter), mais à la longue on peut s'en fatiguer.

Alors... on assume son côté "incorrect"? Evidemment, peut-être pas au point de traiter tout de suite ses collègues hétérosexuels de "reproducteurs", mais enfin pour parler de ses activités au bureau avec des personnes choisies. Cela aura déjà pour effet de mouiller la poudre qui aurait pu provoquer l'explosion de la nouvelle de votre "coming-out forcé". Le dénonceur n'aura affaire qu'à des réactions du genre "Ben oui, je sais, il m'a parlé de son copain encore la semaine dernière".

Il faut cependant être conscient que si on se laisse aller à parler de soi devant un public choisi, on aura plus de mal à se taire ensuite en toute situation. Une fois les digues ouvertes... il est difficile de contrôler le flux de l'eau fraiche de la vérité (oui, je suis poête ce matin). Et c'est si bon d'être fier de son copain / ses amis et de ce que l'on vit grâce à eux.

Ce qui ne m'empêche pas d'encore pratiquer l'euphémisme avec délice ^^

Bonne journée!