cageCamp de travail - Jour 98 : Mes tortionnaires m'abreuvent de paroles incompréhensibles destinées sans aucun doute à me déstabiliser. Je me force à sourire pour montrer que je ne me laisse pas ébranler par leurs manoeuvres. De même les documents qu'ils s'obstinent à déposer sur ma table, je les range dans de beaux casiers de différentes couleurs pour mieux les égarer. Ils semblent apprécier particulièrement quand j'en range un dans le casier rouge marqué "Très urgent". S'ils savaient...

Camp de travail - Jour 145 : Aujourd'hui j'ai tenté de les égarer en utilisant une langue étrangère. Contrairement à mes attentes, les mots "reverse control" et "budget projective anticipation", sans signification pour moi, les ont plongés dans un extase bruyant, autant qu'incompréhensible. La prochaine fois, j'introduirai des concepts financiers en Grec ancien dans mes memos: ça les déstabilisera peut-être, ces malades...

Camp de travail - Jour 210 : Leur sadisme à mon égard a atteint un sommet ce matin : ils m'ont enfermé avec une dizaine d'autre co-détenus dans une salle sombre sans fenêtre, à l'air conditionné défaillant, pour subir une projection de graphiques incompréhensibles, aux couleurs criardes surchargés de mots sans signification. Un commentateur en transe dirigeait régulièrement son stylo-laser dans la direction de nos yeux, captant ainsi toute notre attention. Afin de s'assurer notre adhésion aux théorie nébuleuses exposées pendant deux heures, nous fûmes priés à la sortie d'emmener notre exemplaire papier de cette nouvelle bible.

Camp de travail - Jour 212 : Je soupçonne certains de mes compagnons d'être des collaborateurs : ils entrent et sortent à toutes heures et ramènent des cadeaux aux gradés en s'excusant du peu... C'est moche de voir des co-détenus qui manifestement ont craqué et sont devenus déficients mentaux. Mais je dois apprndre à m'en méfier : ils rapportent vraisemblablement mes moindres faits et gestes, ce qui permettrait à mes tortionnaires de profiter d'un éventuel moment de faiblesse de ma part pour m'imposer davantage de travaux.

Camp de travail - Jour 236 : Ma messagerie est régulièrement bombardée de mails contenant des documents ENORMES (genre des doc de 5 MB alors que ma messagerie refuse de fonctionner une fois sa capacité maximale atteinte)... Je les détruis donc consciencieusement dès réception afin de pouvoir continuer à communiquer avec le monde extérieur. Je vais tenter une riposte : un autre co-détenu m'a renseigné sur des virus à renvoyer aux spammers fous afin de faire cesser cette logorrhée destinée à me couper des quelques amis qui m'attendent encore à l'extérieur.

Camp de travail - Jour 284 : Cette expérience doit cesser immédiatement! Aujourd'hui nous avons tous été emmenés en dehors de notre lieu habituel de détention, pour être forcés à participer à des "jeux d'aventure" suivis d'un dîner où nous avons dû feindre la "joie d'être ensemble" pour finir par une nouvelle séance d'endoctrinement par le plus gradé de nos tortionnaires, qui nous a servis, au moyen d'un microphone sifflant régulièrement des ultrasons, un discours pompeusement intitulé "Bilan annuel et degré de satisfaction du client". C'est décidé : sur le chemin du retour, je saute du car en marche! Advienne que pourra, mais je ne supporterai plus les chansons de Radio Nostalgie repises en choeur dans un espace confiné!